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La « Maison de rêve », la « Maison à vivre »
.JPG) Projet la SOMONE au Sénégal "Lorsque l’Equipe du Site Immobilier m’a demandé cette contribution, nombre d’images me sont venues de la représentation de la Maison, comme point d’ancrage dans un lieu. Qu'en est-il si celui qui rêve sa maison réside loin de sa terre d’origine ? Cette simple question ouvre des pistes de réflexion qui doivent impérativement tenir compte des conditions de sa migration et des conditions d’accueil, mais aussi de son parcours de vie, de son histoire particulière.
Ce dernier point jette un éclairage puissant sur les choix. D’en prendre toute la mesure reste à mon sens incontournable pour le succès des meilleurs projets.
Le premier récit qui me vient concerne Mina, une collègue, qui m’écoutant évoquer l’idée de ce Projet, s’est mise à me raconter l’histoire de ses parents. Issue d’une famille d’origine maghrébine, Mina me raconte les mésaventures de son père immigré en France à 18 ans et qui frise aujourd’hui la soixantaine. Gros travailleur, ce dernier n’avait qu’une idée en tête : amasser suffisamment d’argent pour créer sa propre entreprise au pays natal : là où ce projet prenait tout son sens. Fils de gros propriétaire de terres il se devait de chausser les bottes du père décédé trop tôt. La grande Maison familiale était à restaurer.
Il va réussir son retour. Il installe donc son entreprise dans une grande ville pas très loin de son village natal. Il prend femme, l’affaire marche ...
Il commettra très vite, ce qu’il reconnaît lui-même comme étant sa première erreur. Sur l’instance de sa jeune épouse il va prendre comme associé son beau frère. Le père de Mina Moustapha, confiant dans la parole de son épouse, met du temps pour réaliser que lui et sa femme s’étaient lourdement trompés sur la probité de cet associé. L’entreprise coule très vite.De nouveau, il repart en migration comme ouvrier dans le bâtiment, ce même métier qui l’avait accueilli dans ses jeunes années. Mais depuis, les choses ont bien changé sur la terre d’accueil que la France si proche, représente toujours pour lui. Sa femme l’y rejoint deux ans plus tard. Le couple n’aura qu’un enfant confié à la grand’mère paternelle en Algérie. La petite fille ne pourra rejoindre ses parents qu’à l’âge de 7 ans.Moustapha met en chantier, malgré tout, la restauration de la demeure familiale. En fait il reconstruit une nouvelle Maison qui jouxte la précédente. Il l’a voulue suffisamment grande pour accueillir sa famille et celle de son propre frère aîné resté au pays.Là, d’autres surprises l’attendent : la Maison « familiale » meublée par ses soins qui était sensée le recevoir pendant les vacances est régulièrement vidée de son contenu mobilier, voire immobilier…Comment sortir de l’impasse ? Moustapha guetté par la dépression, perd son travail. A 59 ans, lorsqu’on est immigré, comment retrouver vite un emploi. C’est avec l’appui de sa fille, juriste, qu’il va repartir au combat, avec un nouveau projet : celui de la « Maison à vivre », celle qui doit l’accueillir, aujourd’hui et demain. En somme, ce qu’il attend désormais, est qu’un tel projet soit à la mesure de ses moyens, devenus précaires.Cette Maison, il la rêve en adéquation avec son parcours de vie. C’est donc, vers le projet d’une petite Maison ancrée dans la réalité de son métissage et de sa nouvelle précarité, qu’il se dirige. Cette « Maison à vivre », allie l’esthétique du milieu et le confort occidental.
Mais la « Maison des rêves », pour être réalisable au pays, en ce qui concerne Moustapha, doit s’inscrire dans une perspective à court terme : une Maison « clé en main ».
Cette « Maison des rêves…, à vivre » est actuellement en train de sortir de terre dans une ville située à une centaine de kilomètre de son village natal. Mina, me confie que ce projet permet à son père de rester debout.C’est seulement à ce prix qu’effectivement Moustapha peut continuer à vivre sa dure intégration dans le pays d’accueil. Ce projet aura contribué à sortir Moustapha de l’impasse, à supporter les conditions de son actuel cadre de vie, à ne pas se sentir piégé dans le pays d’accueil … L’histoire de Moustapha fait écho à de nombreuses autres, au cœur de parcours migratoires, auxquels je suis confrontée dans ma profession.Mais l’expérience prouve que sans pour autant qu’ il y ai migration d’un pays à un autre, ou de la province à la ville, les rêves, notamment la Maison rêvée est prise dans les turbulences économiques actuelles qui frappent les sociétés. Ces turbulences dont on voit les traces sur chacun et sur tous. "Léocadie EKOUEDirectrice de l’AssociationAHUEFA International France
Psychologue Clinicienne Anthropologue
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